Sur le boulevard trônait, ver luisant dans le lointain bruissant des nuits parisiennes, l’immense pancarte de la galerie marchande. Sur son pourtour jouait une complexe mécanique d’ampoules et de diodes multicolores qui, comme autant de notes sur une partition lumineuse, s’assemblaient pour faire surgir de nulle part les cervidés du vieux bonhomme à traîneau, une pluie d’étoile filantes, ou bien une gargote de pains d’épice au faîte de cerises confites. Au centre de ces paysages féeriques se succédaient, dans un ordre toujours similaire, un paquet d’images destinées à fourrer dans la hotte du plus grand nombre de nouveaux présents indispensables pour au moins une dizaine de minutes. Ici c’était le dernier parfum Gabbana. Plus par là le jupon à froufrous de chez Dior. Plus après la Fnac exposait à grand coups de rabais exclusivement mensuels le dernier package qui permettrait à de jeunes gens à l’insoupçonnable talent de s’improviser photographes d’art le temps d’une promenade sous les tilleuls du Luxembourg. Plus tard encore suivait la paire de boots fourrées à franges, dont on vanterait avec toute la morgue du sérieux connaisseur les qualités calorifères, en clamant haut et fort que leur port par une douzaine de donzelles à la mode sur Insta n’est que pur hasard, coïncidence incroyable, d’ailleurs on se les était procurées bien avant leur succès publique, entendons-nous. Les galeries farfouilles concurrençaient de leur propre affiche changeante celle, voisine, du Printemps, en faisant du racolage auprès de jeunes garçons sensiblement plus excités par l’odeur de la poudre et le cliquetis cliquetas des douilles fumantes qui s’écrasent en cascade sur des sols étrangers. C’était un nouvel exotisme vidéo-ludique, qui consistait en substance à apporter la paix virtuelle à grands renforts de détonations et d’invectives sur les canaux vocaux du jeu internet. Le représentant de cet Éden de la simulation guerrière était une grande barrique, camouflée d’un treillis pour passer inaperçu parmi ses copains barbouzes, chargé comme une mule, et à la gueule étonnamment bien en place pour un vétéran. C’est amusant comme la guerre n’abîme plus de nos jours. Sur sa mâchoire carrée il y avait moins de cicatrices que sur celle du gars commun qui à la bourre se lacère le trognon à grands coups de bic en plastoc canari.

Au-dessous de ces immenses affiches se pressait une foule de badauds pressés, c’est-à-dire qu’ils étaient ébaudis par les lumières mais se pressaient bien vers un but défini, qui se pressant pressaient des amoureux badinant contre les banderoles qui pendaient le long des murs, ce qui allait empêcher le jeune amoureux désespéré de pouvoir cacher qu’il bandait. La jeune fille qui se pressait de toute sa poitrine contre lui fit bien entendu mine de ne rien sentir, flattée de la turgescente réaction qu’elle avait pu susciter. Et ils passèrent devant les portes-glaces du hall d’entrée, tournèrent à gauche dans la rue Charras et disparurent sans laisser de trace aucune. Là une femme autour de la quarantaine faisait des achats conséquents, qui sonnaient – dans un coin de sa cervelle inaccessible autrement que par le dialogue avec un type très qualifié vautré sur son calepin – comme autant de reliquats substitutifs pour des enfants sans père. Là encore un vieux bonhomme accompagnait deux bambins scruter les détails des animatroniques des vitrines de Noël. Là enfin deux hommes à cabans conduisaient en souriant dans l’humaine tourmente un landau babydoll dans le creux de laquelle siégeait un nourrisson, qui sous peu deviendrait l’éructant manifeste du potentiel gastrique de l’humanité toute entière. Tous passaient et il restait un peu de leur image incrustée dans l’air pour les habitués. Cela formait un brouillard fantomatique qui les recouvrait de son brouhaha spectral. Les habitués étaient invisibles, cloîtrés dans la lumière des spots, baignant dans les mêmes feux de la rampe que les merveilles de vitrines, fauves assoupis retenus par des barreaux de lumière. Au centre de la galerie animale trônait Marcel, emmitouflé dans une gabardine couleur de rouille. Son col était remonté pour tenir le froid à distance, ce qui laissait apparaître à l’envers un carré de tissu bleu rapporté au gros fil de laine. Marcel avait une sale trogne, des rides remplies de fatigue, l’œil lissé par la noirceur des nuits et de leurs bêtes autrement moins tranquilles, à canines en cran d’arrêt et griffes acérées du subutex. Le long de son cou, juste sous l’oreille, courait une longue balafre qui lui avait valu un long séjour à l’ombre d’un hosto tout blanc, suivi de l’usuelle désintox. Frais comme un gardon et l’œil à peu près vif, il était sorti pour retomber dans la misère directement et refaire à nouveau le pied de grue l’hiver en espérant un café chaud. Ses pognes enfouies dans les renfoncements du manteau, il regardait d’un air absent les passants défiler. Marcel ne montrait pas ses mains. D’une part, parce que ne pas savoir ce que tient un vieux croûton planqué dans ses poches pour se défendre est une ruse qui l’avait sorti de pas mal d’emmerdes. D’autre part, parce que Marcel s’était découvert une tremblotte un matin, du genre de celles qui passent pas et qui indiquent qu’on fera pas de vieux os. Le genre de tremblotte qu’il vaut mieux cacher lorsqu’on tient à la liberté rugueuse et sale de la rue.

La rue c’était pas un foyer, c’était un mode de vie un poil nomade, un brin crevant qui excluait le concept même de foyer. La rue c’était le refuge dans une myriade de sensation éparses sur la carte d’un monde. C’était le fumet des marrons chauds de Yasir qui cramaient sur son cadis là bas juste devant lui. Il l’aidait parfois à aller ramasser des marrons à griller, et Yasir s’en souvenait, et Yasir lui filait des cornets bien remplis pour le remercier. C’était le melon entier que Banania lui avait filé alors qu’il crevait de faim après trois jours de dèche. C’était pas son vrai prénom, Banania, mais personne connaissait son vrai prénom, alors tout le monde l’appelait comme ça par ici. Il s’était même appelé Banania avant de vendre des bananes. Il avait débarqué directement de Djouba à Paris, et, pris d’un élan nostalgique qui lui rappelait son soi de gosse, Marcel l’avait appelé Banania, parce que sa peau lui rappelait celle du nègre colonial à fez rouge. Marcel se croyait pas raciste, il avait rien contre eux, il s’en fichait en fait, tout le monde était à peu près à égalité sur les pavés, tout le monde traînait sa peau contre les meurtrissures du béton, qui écorchait jusqu’aux âmes. Mais Banania était resté Banania, et ce même après avoir appris l’argot du béton. La nature étant ironiquement faite, il s’était mis à vendre des fruits sur des cartons le soir, devant les bouches de RER du coin, ce qui n’avait pas aidé à l’appeler autrement. De toutes façons Banania s’en foutait, il avait d’autres choses à penser. Le grand dadais à peau ébène était beau, terriblement, et il espérait secrètement taper dans l’œil de quelque photographe pour lui aussi couvrir de sa face immense les murs des magasins. Il voulait être le premier noir en haut de l’affiche, il voyait que des blancs dont on célébrait en grand la beauté dans ce coin du huitième. Il charbonnait dur, en monopolisant au petit matin les agrès du square Gaston Monnerville pour se tailler un corps de demi-dieu. Son ciboulot carburait toujours à cent à l’heure, il avait étudié les lettres avec le chef de famille et il était toujours de conseil avisé, et juste. Bref, Banania était apprécié. Même Marcel, pourtant habitué à son monde, avait du se planquer dans un coin de lumière pour retenir les quelques sanglots qui lui brûlaient le gosier quand on lui avait montré le corps de Banania, tout recroquevillé et tout petit dans la mort, étendu sur un carton nu et recouvert d’une fine pellicule de verglas.

On ne s’attachait pas trop dans la rue. Même à Yasir et au fumet de ses marrons. On se contentait d’observer le monde passer, ceux de la rue passant un peu plus lentement que les autres, pour un temps inconnu. Des noms et des visages, des solitudes qu’on partage. Même si Marcel croyait en Dieu ; il avait un chapelet autour du cou, qui souvent lui dardait le sillon osseux de la clavicule, et il aimait sentir autre chose – on ne sait pas trop quoi, mais ça le rendait moins seul – plus proche de lui, de son palpitant fatigué, des percussions qui parcourent ses veines. Les journées les plus froides de l’hiver, il s’en allait régulièrement squatter une église à deux pas de ses coins d’aumône. Le bâtiment était perdu parmi les grands magasins, et on ne l’identifiait que par la propension des malheureux à s’agglutiner à ses pieds de béton, ainsi qu’au moyen d’une croix discrète qui en ornait le porche. Pourtant l’intérieur était grand, impressionnant même. Y entrer, c’était découvrir que les plus petites portes peuvent mener aux cœurs les plus larges des édifices perdus, comme à ceux des humanités solitaires. Marcel n’aimait guère les églises, et pourtant, il s’y sentait bien. Elles lui rappelaient sa vieille maman, bigote à en crever, et qui lui avait refilé innocemment une défiance vorace à l’égard des curetons : la seule exigence maternelle était une assiduité exemplaire aux offices religieux, et les tonsurés de l’époque n’hésitaient pas à cafter quand – dans une inadvertance toute buissonnière – il en manquait un. Les coups de trique et le salé des larmes avaient creusé dans le même temps des cicatrices et sur son corps, et sur son âme. Malgré cela, durant toute la période de la nativité, il se réfugiait souvent dans Saint-Louis d’Antin. Il y était accueilli simplement, le jeune homme perché sur sa croix jetait à la dérobée un regard gorgé d’amour sur cette ouaille inconstante, et il s’asseyait sur le flanc de la nef, en contrebas du cœur. Il fixait le plus souvent ses pieds, ou la crèche, car malgré l’accueil promis par les chrétiens, il ne se sentait souvent pas à sa place avec ses guenilles et l’odeur âcre de la sueur et de la pisse mélangées qu’il sentait remonter jusqu’à ses narines poilues. Quelques fidèles, parfois un diacre peu amène, l’apostrophaient de temps en temps pour le faire dégager et l’envoyaient crécher sous le porche. Heureusement, cela restait rare, en particulier à cause de la période de Noël. Et puis Marcel en avait pris acte, et se tenait à l’écart, juste devant la crèche. Il n’avait même jamais vraiment observé l’intérieur de l’église, car il se contentait d’entrer, se signait, puis allait tête baissée et mains jointes dans son dos rejoindre la place qu’il affectionnait. De toutes manières, la splendeur des églises ne l’avait jamais touchée : il s’en foutait. Peu lui importait la voûte en cul-de-four, et la fresque qui couronnait le chœur, qui dépeignait Saint-Louis et Saint François, tout deux vêtus de leurs ailes célestes, encadrant un Christ sévère dont jaillissaient des traits de lumière, et qui tenait d’un côté son propre instrument de supplice, de l’autre les tables de loi. Pour tout dire, Marcel préférait le Christ version marmot, celui qui devait reposer dans son étable sous peu. On avait déjà installé l’effigie en plâtre en avance, quoiqu’elle ne reposât pas encore dans la mangeoire mais sur une tablette de bois préparée pour l’occasion. Le bambin avait la blancheur d’un cul, ce qui faisait penser à Marcel que l’immaculée conception était peut-être bien sa naissance en Monsieur Propre, sorti des entrailles maternelles sans explosion de viscères, non pas recouvert de sang et de liquide amniotique, mais briqué comme un sou neuf.

Autour du Christ en devenir on trouvait la compagnie habituelle, Marie et Joseph, qui penchés pensifs et attendris couvaient le berceau, le bœuf apathique mâchouillait un brin de foin, et l’âne se cherchait un coin libre où il pourrait braire au chaud. Au dehors de la crèche, et qui portaient la myrrhe, l’encens et l’or, se tenaient Melchior, Gaspard et Balthazar. Il étaient tournés vers une étoile en crépon qui était suspendue au toit de la crèche de branchages. On avait peint Balthazar en noir charbon, pour lui donner une origine africaine. De toutes ces statues à gueule de plâtre, c’était celle qui semblait la plus vivante, et il rappelait Banania à Marcel. Banania aurait été bien beau dans une telle procession, pour sûr. Il aurait même volé la vedette au gamin tant il rayonnait, plus encore que l’or qu’il convoyait avec ses pairs royaux. Banania était un roi lui aussi, un roi de la rue. Marcel avait amené, une fois, le soudanais dans l’église, alors qu’il faisait bien moins dix mille au vent. Akol – car c’était son nom, Marcel avait bien fini par l’apprendre mais préférait Banania – Akol n’avait pas bien pigé l’histoire du garçon sur sa croix mais qui était aussi un gamin, et en même temps il était Dieu et son Fils. Marcel avait admis que c’était pas facile à suivre tout ça, et que lui-même s’y perdait de temps en temps, les fois où il y pensait, et encore plus quand on parlait du Saint-Esprit : là ça devenait du chinois à ses yeux. Akol était musulman, et il avait eu peur de rentrer dans un lieu qui n’était pas pour lui et dans lequel on exposait un homme torturé à mort, parmi des tableaux d’autres hommes ensanglantés et qui semblaient mourir eux aussi, mais comme Marcel lui avait appris que Jésus était juif, alors que la religion, Dieu devait bien s’en foutre, il était quand même rentré à l’intérieur. Et Akol s’était posé devant la crèche, et il avait pris le temps de penser, et il avait pleuré en se tenant caché la tête dans les bras, et puis il s’était endormi. Marcel repensait souvent à Akol quand il se pointait devant la crèche. Il repensait à son corps étendu dans le froid et qui semblait dormir lui aussi profondément. Marcel le savait, Akol ne ressemblait pas du tout à Balthazar au fond du fond de ses pensées, Akol était un Christ lui aussi, un Christ de la rue, mort pour les péchés des hommes, à la gloire du dieu des frusques et de Saint Gabbana. Il se souvenait de ce matin clair, très tôt, où on l’avait fait venir pour lui montrer le cadavre et de ses mains osseuses qui s’étaient tendues pour fermer les yeux du Christ. En touchant la peau froide, il avait rompu la couche verglacée qui le recouvrait, et de petites craquelures avaient parcourues la joue de Banania, comme s’il s’était agit d’une figure de plâtre de crèche. Même dans le froid qui emmitouflait la scène, les mains de Marcel paraissaient brûlantes sur la peau nue. Akol avait pleuré, et en pleurant les larmes avaient gelé, et dans la mort, c’étaient autant d’étoiles brillantes qui coulaient des yeux du jeune homme. Marcel caressa la joue pure, et il sentait ses mains moins calleuses, moins rugueuses, elle rougissaient de la chaleur de l’amitié qui meurt. Comme il avait clôt les paupières de Banania, les constellations gelées qui partaient de ses yeux vinrent se loger dans le creux de ceux de Marcel, qui les balaya du revers de sa gabardine râpée, dans un reniflement tonitruant. Une longue trace de morve habillait le tissu rouille, elle était entourée de picots de pluie oculaire, les picots de pluie oculaire entouraient la longue trace de morve, c’était la voie lactée qui était dessinée. Marcel s’en rendit compte, lança un sourire en coin à Akol puis fit demi-tour, en évitant le jeune stagiaire de la rubrique humain écrasé du Parisien qui voulait l’interroger et qui frissonnait dans son trois-quart de laine et ses bottes de cuir, en évitant les bonshommes oranges du 118 qui venaient reconnaître l’état de martyr d’Akol et qui gueulaient des instructions dans leurs talkies, en évitant le flic posté là avec un kawa entre les pattes pour se chauffer les miches et qu’avait l’air de s’en balancer de Banania et auquel Marcel avait envie de foutre une trempe. Il se vengea en lui faisant un doigt tout en s’éloignant, que le flic ne remarqua même pas, mais c’était toujours ça de pris.

C’est pour ça qu’il fallait pas s’attacher. Ça vous minait un homme. On ne s’attachait surtout pas aux passants. Il passaient, point. Certains donnaient une pièce. Les plus généreux souriaient. Devant son emplacement, Marcel déposait sa toque de fourrure noire, et attendait comme ça dans le froid pendant des heures, avant de trouver un coin pour roupiller. Quel que soit le montant, ça aurait pu être dix, vingt, cinquante balles, il aurait fait le même geste de la main, le bras un peu levé comme pour signifier, avec un petit grognement satisfait, un merci qui prononcé aurait signifié pitié pour la vie. Un jour, peu avant Noël, un gamin avait fait tomber un bonnet rouge, surmonté d’un pompon blanc. Sur la bordure, blanche elle aussi, brillaient des étoiles en plastique qui, lorsqu’on appuyait sur un bouton poussoir dans la doublure, se mettaient à clignoter d’une façon assez ridicule. Marcel avait tenté de rattraper le gamin mais il était couvert de sa mère et de ses cadeaux, et il s’en foutait pas mal de la coiffe finalement. Son naturel farceur avait alors rattrapé le vieux Marcel, et il avait fourré sa caboche dans la mitre de pauvre, ce qui lui donnait bien, avec ses touffes poils blancs, la gueule débonnaire du vieux paternel polaire. Il l’avait gardé jusqu’à la tombée de nuit, et avait même allumé les morceaux de plastique pour faire marrer les chiards. Grâce au bonnet il avait pu gagner de quoi se payer une nuit dans un deux étoiles où créchaient des putains dans la rue André Antoine. Le lendemain il l’avait déjà paumé. Le surlendemain Marcel avait sa gueule placardée en une d’articles qui titraient sur les conditions de vie des charclos pendant l’hiver. Une cagnotte était ouverte, on récoltait quelques dons avant de partir bouffer du foie gras. Un photographe professionnel qui passait par là avait trouvé Marcel pittoresque avec les lumières sur sa gueule fracassée, son bonnet de père Noël, surplombé d’une affiche toute dorée pour le dernier parfum Gabbana. Banania avait manqué son quart d’heure de gloire, il l’avait refilé à Marcel qui, humble parmi les humbles, n’en avait même pas vu la couleur. Le lendemain, il était oublié, avec le bonnet, avec la photo, avec la cagnotte, dans le champagne irisé qui débordait des flûtes. Il serait peut-être crevé demain, et personne alors ne saurait, que le Christ et le père Noël sont des clodos.

Une réflexion sur “[Nouvelle] Le père Noël est un clodo

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